Extrait en Vidéo

Extrait 1

« Tu imagines que nous sommes en train de faire la queue pour pouvoir boire, pour pouvoir vivre ! La Terre est tellement vaste, comment est-il possible qu’il n’y ait pas assez d’eau pour tout le monde ?
— Qu’il n’y ait PLUS d’eau pour tout le monde, interrompit Lohan soudainement plus vif. Avant, il y avait suffisamment d’eau pour que la planète entière boive à sa soif…
— Pour que la planète entière boive à sa soif ? s’exclama Jennie interloquée. Comment est-ce possible ?
— Oui ! reprit-il énergiquement. Mon arrière-grand-père m’a expliqué qu’avant, on achetait des packs de bouteilles à quelques centimes, ce qui correspondait au millième de la valeur d’un jeton. De même, il m’a expliqué qu’on pouvait boire l’eau du robinet à volonté ! Mais que, s’il ne reste plus d’eau potable aujourd’hui, c’est parce qu’après avoir été utilisée intensivement pour produire un peu de tout et n’importe quoi, elle s’est raréfiée et a été rendue impropre.
— De tout et n’importe quoi ? questionna-t-elle hébétée.
— Oui… Des trucs qui n’ont plus aucune importance, désormais…
— Ah oui, et de quel genre de trucs parles-tu ?
— Eh bien, par exemple, devine combien de litres d’eau étaient nécessaires pour produire un jean… ?
— Heu, je dirais dix, ou peut-être quinze litres… répondit-elle hésitante.
— Non, tu n’y es pas tellement… assura Lohan.
— Alors combien ?
— C’est plutôt dix mille litres…
— Dix mille litres ! Tu plaisantes ? s’indigna-t-elle. J’ai du mal à te croire !
— Et pourtant, c’est la triste vérité…
— Donc attends, je récapitule… dit-elle en essayant de se calmer. Ici, avec deux jetons, on a droit à un litre d’eau. Cela veut dire que pour acheter un jean, les gens auraient dépensé… vingt mille jetons ! grommela-t-elle abasourdie. C’est invraisemblable !
— Eh bien oui… il t’aurait fallu au moins trois vies pour te payer un jean… expliqua Lohan.
— Mais c’est absurde ! Comment est-ce possible ? s’exclama-t-elle. Les gens ne se rendaient-ils pas compte de leur aberration ? questionna Jennie toujours ébahie.

— Oh non ! rétorqua Lohan. À l’époque, un jean, c’était plus qu’important… Un jean pouvait te faire exister auprès de la société, affirma Lohan. Car apparemment, il aurait permis de te sentir regardé, apprécié, voire admiré… En fait, les gens pensaient que porter un jean pouvait les rendre heureux.
— Heureux ? Tu es sérieux ? demanda Jennie abasourdie.
— Quand mon arrière-grand-père m’a raconté ça pour la première fois, j’avais du mal à y croire, moi aussi… conclut-il.
— Je suis quand même sceptique… Mais bon, si ton arrière-grand-père le dit…

Extrait 2

« Au menu du soir vous est présenté un délicieux canapé de soja, accompagné de sa pluie de riz étoilée et de son jardin de saveurs, déclara Mayrane d’un air majestueux.
— Oh, tu es bien généreuse ! s’exclama Antoine avec enthousiasme. Mais dis donc, attends un peu… Ce plat ne ressemblerait-il pas au voluptueux riz, escorté de ses légumes de saison et entrelacés de billes de soja que tu m’as préparé avant-hier ? demanda le grand-père en ricanant.
— Mais non ! Qu’est-ce que tu racontes, papi ? Ces deux plats sont totalement différents ! assura Mayrane avec ironie. D’ailleurs, je ne sais pas lequel des deux tu préfères…
— Quelle chance ai-je d’avoir une si bonne cuisinière à la maison, qui d’autant plus pourrait devenir comédienne ! D’ailleurs, j’ai hâte que mes papilles rencontrent de nouvelles saveurs aux prochains repas ! »
À ces plaisanteries, les deux protagonistes s’esclaffèrent de rire. Après de longs émois à gorge déployée et un étouffement évité de justesse avec un grain de riz, Mayrane reprit :
« Papi, je ne peux pas changer le contenu de tes plats. Mais pour toi, je peux en changer leur nom !
— Tu es adorable, ma petite…
— Mais c’est injuste, papi, rétorqua-t-elle d’un ton plus sérieux. À ton époque, vous pouviez manger tout ce que vous vouliez, et quand vous le vouliez. Maintenant, il faut attendre la bonne saison, et manger uniquement les foutus légumes du voisin !
— Ma chérie, dit-il essayant de calmer sa petite protégée, tu comprends bien que nous ne pouvons plus nous permettre d’avoir le même confort qu’avant, avec des choix et quantités de nourriture exorbitants !
— Oui… dit-elle dubitative.

— Tu sais, tes ancêtres avaient un tel confort qu’ils ne se posaient même plus la question de savoir comment étaient produites toutes ces marchandises, continua le grand-père. Certains pensaient même que les steaks sortaient de la terre, et que les biscuits poussaient sur les arbres. De même, ils pensaient qu’il suffisait de sortir un billet pour que la Terre se mette à leur merci. Mais ils se trompaient. La Terre peut nous nourrir, mais il y a des limites.
— Dis donc, les gens n’étaient pas très futés à ton époque, papi… se moqua Mayrane.
— Bien sûr, j’abuse un peu, reprit le grand-père. Mais il y a quand même un peu de vrai. Et puis, avec cette production de masse, tu n’imagines pas les gaspillages que les gens pouvaient faire sans scrupule. C’était des tonnes de fruits, légumes et céréales récoltés qui n’étaient jamais mangées. Et même des milliers d’animaux, élevés dans des conditions parfois douteuses, qui finissaient emballés dans du plastique et fonçaient tout droit vers la poubelle… reprit Antoine. Et j’en passe…
— Quelle triste histoire papi…
— Et puis tu sais, après avoir été totalement dépouillée, la Terre n’a plus eu la force de donner davantage. C’est pour ça qu’aujourd’hui, nous devons être doux avec elle, et lui demander le strict minimum. »
Antoine s’arrêta pour engloutir une fourchette puis poursuivit :
« Mais tu sais, la panoplie de plats que tu me proposes me convient parfaitement. Et mon palais en réclame encore ! bredouilla-t-il la bouche pleine. D’ailleurs, je vais m’en servir une dernière louche, dit-il en se saisissant de la casserole posée sur la table.
— Je vois que tous ces souvenirs te donnent faim ! dit sa petite-fille en ricanant à nouveau.
— Tu vois ma petite Mayrane, ajouta-t-il en mâchant énergiquement, on a moins de confort qu’avant, mais on ne manque de rien. Regarde, on a de quoi manger à notre faim, et boire à notre soif !
— Oui, tu as raison papi… répondit Mayrane un peu hésitante.
— Et puis tu sais, avant, les gens avaient tout, mais ils étaient souvent très seuls, très tristes, ou très en colère ! Regarde-nous, on n’est pas si mal, à se régaler en famille autour de ce succulent repas, qu’en dis-tu ?

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